Raphaël Imbert

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Musical journey in USA # 4-5



le 8 juin 2010 
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Days # 4-5 "Do you know what it means..."

 

Day 4# 5# “Do you know what it means...?”

Qui a dit que les USA n’avaient pas d’Histoire ? Je vous écris d’une chambre de motel à Montgomery, Alabama, entre New Orleans que j’ai quitté à regret et Atlanta où je m’arrêterai juste en pèlerinage sur le mémorial de Martin Luther King. C’est ici en 1955 à Montgomery qu’une femme a refusé de laisser sa place à un gars sous prétexte qu’elle était noire et que l’autre était blanc, et que la loi l’exigeait. Le monde entier connait Rosa Parks. Un peu moins peut être connaisse en France Hank Williams, chanteur incomparable de country, ici c’est un Dieu, et l’autoroute que j’ai empruntée porte son nom sur le tronçon de Georgiana à Montgomery où il a sa statue. Avant, l’autoroute porte le nom de Heroes Higway, sans doute en souvenirs des nombreuses batailles de la Guerre de Sécession qui ont eu lieu dans la région, depuis la Louisiane, l’état du Mississippi que j’ai à peine traversé (et où un grand panneau vous accueille : “birthplace of American’s music) et l’Alabama, où le drapeau confédéré semble bien présent, alors que je ne l’ai quasiment pas vu à NOLA (abréviation de New Orleans Louisiana).
Je vous dois des excuses de vous avoir laisser pendant deux jours sans nouvelles (et sans images qui, elles, arriveront demain) en espérant ne pas vous avoir inquiété. Mais New Orleans réserve tant de surprises que le temps m’a manqué pour me poser un peu et vous écrire, comme j’aime à le faire depuis que je suis arrivé. À vrai dire il est toujours important pour moi d’écrire à chaud mes impressions, et ce faisant, je me rends compte que je dois préciser les choses : ce n’est pas à regret que j’ai quitté New Orleans, car si tout semble si facile et passionnant à NOLA, j’ai le sentiment qu’une semaine bien remplie laisse plus d’ouverture que deux ou trois où l’on pourrait se perdre à chercher l’idéal. Rester à NOLA pourrait signifier en vouloir trop, et j’ai déjà eu mon compte, juste assez de manque pour avoir l’envie de revenir et retrouver les artistes si différents que j’ai vu là-bas. Je me demande si ce n’est pas Levi-Strauss qui parle des vertus des voyages cours pour sentir l’essence d’un pays et d’une culture. La puissance de la musique et de sa fonction est si grande que j’ai même l’impression de l’avoir reçue en pleine figure dès mon arrivée. Vous allez rire, mais j’ai même le sentiment d’être déjà venu à NOLA, que l’endroit m’était vraiment familier, au risque de vous faire croire que j’ai définitivement sombré dans le voodoo de pacotille qui aimerait faire croire aux touristes que toutes les maisons sont hantées et que vous êtes la réincarnation de Napoléon ou Marie Laveau. Mais la mort est bien présente, effectivement. Tout le monde a perdu quelque chose, quelqu’un, et Katrina reste l’événement marquant, le “Ground Zero” de NOLA, que le BP Oil Spill semble parachever. Sarah Quintana a tout perdu dans l’ouragan, notamment ces instruments, et ses parents ont reconstruit eux-mêmes leur maison, sans aucune aide du gouvernement. Dr Michael White, le remarquable clarinettiste et par ailleurs historien, que j’ai vu au Snug Harbor, a parait-il perdu plus de quarante clarinettes. Carl Leblanc, le griot du Seventh Ward, guitariste du Preservation Hall Jazz Band, n’a pu sauver que son banjo, ayant perdu même ses propres manuscrits et ceux que Sun Ra lui avait donnés personnellement. Pourtant, c’est bien cet événement hallucinant (“trois jours sans aucunes nouvelles des autorités” me rappelle Matt Jonhson, le guitariste de Sarah, et de bien d’autres groupes, dont le Hot Club de New Orleans, démontrant l’incroyable présence de Django ici) qui semble redonner une seconde vie à la fameuse communauté des musiciens. Je dis fameuse car tout le monde là-bas m’a parlé de l’esprit de communauté, je pense même que c’est le mot, voir le concept, qui manque à ma trilogie sémantique de départ concernant mes recherches : improvisation-tradition-nouvelles technologies. Et même c’est sans doute le concept de communauté qui définit le rapport à la tradition et à l’invention chez les musiciens de la communauté. Le musicien fait le travail pour lequel il a une fonction bien précise : faire vivre la communauté, la faire évoluer dans un esprit que tout le monde considère comme séculaire. Hors l’horrible quartier de Bourbon Street, il y a bien une spécificité musicale néo-orléanaise qui associe lien social, rituel et divertissement (jamais autant vu de - bons - danseurs sur du jazz, ça laisse rêveur...) et qui a aidé, durant deux siècles, a mixer des ensembles culturels réellement disparates, et dont les éléments raciaux sont certes les plus visibles mais pas les plus significatifs. Cette musique du Monde, la seule selon Dr White à avoir établi comme fonction le mélange : musique religieuse avec musique profane, musique européenne, celtique, africaine (et comme démonstration, Il nous joue “Bye and Bye” spiritual très folk et “Careless Love” ballade sentimentale au accents celtiques), cette musique si spécifique à une ville, aura donc inventé par son propre langage musical celui qui deviendra quasi-universel.
Sunpie, le ranger du National Park History of Jazz, qui me consacre trois heures de son temps, me confirme cela, notamment en me montrant, vidéos à l’appui, son travail d’éducation musicale des enfants par la musique, et plus particulièrement par le Brass Band. Encadré par des professionnels, les enfants, toutes races confondues, en arrivent rapidement à participer aux parades officielles, notamment celles très prisées du Social and Pleasure, les Black Men of Labour dont il fait partie. Il ajoute que selon lui, ce qui fait la grande différence entre New Orleans et les autres villes, c’est qu’ici la musique a une fonction, et qu’il n’est pas question d’argent. Tout le monde, particulièrement par le biais des Brass Bands, peut apprendre la musique pour rien. Il me montre les vidéos des parades auquel il fait parfois participer les enfants de son programme éducatif, et je découvre avec ravissement que ces parades sont loin d’être un simple amusement de carnaval, mais bien un rituel très précis, qui ne supporte pas le désordre, tout en le provoquant pour mieux l’utiliser. L’éternel paradoxe, l’essence même du jeu d’imitation-répulsion qui fait le sel de cette musique.
La comparaison avec mon séjour à NYC il y a quatre ans commence a devenir lourde a assumer pour la Big Apple, je veux en avoir le coeur net avec Tim Sullivan, le sax du Bacchanale qui vit entre NYC et NOLA, absolument pas pour des raisons musicales, mais personnelles, car sa fiancée habite ici. Il avoue malgré tout, en balayant de la main l’idée d’une musique plus authentique qu’ailleurs, qu’il peut être tentant pour lui comme pour d’autres d’arriver a trouver un équilibre entre l’âme essentielle de la musique du Sud, et la sophistication de NYC. Mais un maître y est déjà arrivé selon lui : Duke Ellington. Tim me donne RDV dans une épicerie, car il prend ces boissons ici avant d’aller jouer, l’endroit ou il joue, sur Decatur Street, n’offrant pas les boissons qui y sont hors de prix. Il m’invite à y aller et à jouer, et je vois effectivement les autres musiciens arriver les mains pleines de canettes pour le concert. Quelques standards de bon aloi, histoire de faire quelques échanges avec ce magnifique saxophoniste (qui remarque avec intérêt le sax que Selmer m’a confié avant le projet) et je m’avance vers Frenchmen Street (qui sera, vous l’aurez compris, l’endroit où vous devrez aller quand vous vous rendrez, chanceux, à NOLA), histoire de voir si je ne vais pas me blaser un peu. Bien sur que non ! Après le Dr White et ses musiciens pur style New Orleans au Snug Harbor, les Palmetto Bug Stompers envoient leurs swing dans toute la rue, du Spotted Cat, le paradis des danseurs de swing, avec Uncle Lionel Baptiste en personne qui, depuis la salle, fait danser tout le monde, en bon maître de cérémonie. À la guitare, Carl Leblanc, celui qui a joué avec Sun Ra ET le Preservation Hall Jazz Band, affirmant ainsi qu’il joue différentes branches musicales qui viennent toutes du même arbre. À la pause, je le rejoins, parle un peu, et évidemment il me propose de jouer, tout en me disant qu’il espère ne pas me mettre “la honte” devant tout le monde. Visiblement, ça à l’air de coller, puisque je reste jusqu’à la fin du set, à côté d’un tromboniste monstrueux, Paul Roberston, au demeurant adorable, avait qui je prends rendez-vous. Vous l’aurez compris, les choses sont faciles à la Nouvelle Orleans, les gens sont attentifs, attentionnés, intéressés (d’ailleurs beaucoup souhaitent en savoir plus sur OMAX, même si les conditions dans lesquelles je rencontre les gens ne sont pas idéales pour cela. Mais ça justifie d’autant mieux l’organisation de sessions en octobre à notre retour). Et puis, je ne vous ai pas dit : à New Orleans, je n’ai pas vu une partition...

Mais demain, c’est l’histoire d’une autre Amérique, d’un autre NOLA que j’aimerais vous raconter. Les quelques heures que j’ai passé avec Slewfoot m’ont donné de quoi espérer et désespérer, un trop plein d’amour, de malheur, de beauté, une réalité dure et intense.



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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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