Raphaël Imbert

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le 9 juillet 2010 



 

« Back Home »
Mes chers amis lecteurs et auditeurs,
Vous avez été très nombreux à suivre mes aventures aux USA dans le cadre du projet IMPROTECH, et beaucoup d’entre vous m’ont laissé des commentaires enthousiastes, ou manifesté leur intérêt pour les rencontres et les expériences que j’ai essayé de relater durant mon séjour. Cela m’est allé droit au cœur, même si, vous l’aurez remarqué, il manque encore le récit des derniers jours, à Taos, en compagnie d’une quinzaine de musiciens rassemblés par Paul Elwood. J’ai été happé par mon retour en France, après un mois d’absence, et je vous promets de très rapidement compléter mon récit, avec également les conclusions plus précises de mon enquête. Dois-je vous avouer que, si le voyage en lui-même m’a paru très rapide, j’ai eu par contre l’impression de quitter notre pays pendant très longtemps. Scandales politico-financiers inédits, évictions d’humoristes des ondes nationales (pour ma part, je les regrette), péripéties footballistiques (pour le coup, ni chaud ni froid), tout cela je l’avais finalement « zappé » comme on dit, mon esprit était ailleurs, entre Louisiane, marée noire, routes interminables, joutes musicales. Mais il y a un événement que j’ai totalement découvert, après la bataille, à mon retour, et qui m’a laissé pantois : la nomination comme lauréats à la Villa Médicis-Rome de Magic Malik et Claire Diterzi, et la polémique nauséabonde qu’elle a provoquée. La simple idée d’accueillir des artistes de « Musiques Actuelles » dans la noble institution a été vécu par le monde institutionnel des « Musiques Savantes » comme un traumatisme : c’est Mozart qu’on assassine, c’est Sarko qui dicte sa loi, c’est Johnny au Louvre. Le jury des rapporteurs « musique » a démissionné en bloc face à une ingérence inadmissible d’un pouvoir politique évidemment à la solde de l’industrie de l’événementiel, et une pétition (http://musiques-en-vrac.blogspot.com/) sans signataire de départ (donc anonyme… !) circule sur le net et recueille rapidement quelques beaux noms de la musique contemporaine, tel Philippe Manoury, Tristan Murail ou Edith Canat De Chizy. La teneur de cette « lettre ouverte au ministre » et des commentaires à de quoi pourtant susciter méfiance et ricanement : amalgame ridicule entre musique commerciale et musique actuelle amplifiée, « nous, pôvre musiciens savants, nous n’avons QUE la Villa Médicis pour vivre et créer » (qui peut le croire sérieusement, il faut simplement regarder les budgets culturels alloués à la musique savante et comparer), les musiciens de musiques actuelles sont des musiciens de scène qui ont beaucoup plus d’occasions de se faire payer et gagner leur vie (c’est vrai, on roule sur l’or). Enfin, clou du spectacle, cette nomination n’est, d’après eux, que la conclusion d’un complot ourdi par le gouvernement (et Carla Bruni en personne, puisqu’elle est dans le même label que Diterzi) qui veut la peau de la grande musique en surfant sur l’ignoble mode de l’ouverture et du dialogue interculturel, ce melting-pot abject qui menace la pureté de notre culture et démontre l’acculturation de masse. Un argument allégrement repris par Renaud Camus et son parti de l’In-nocence, démontrant ainsi une inédite et hallucinante affinité intellectuelle entre SuperDupont, les pourfendeurs de l’anti-France, les disciples de Pierre Boulez et les tenants d’une réaction nationaliste nostalgique . Pour ma part, je ne connais pas Claire Diterzi, mais quoiqu’il arrive je me demande si l’on a fait preuve d’autant de « vigilance » et de critique dans le choix de tous ses prédécesseurs à la Villa Médicis. Pas que je sache. Donc, tant que cela reste dans le « giron », tout va bien, cela veut bien dire que la question n’a strictement rien a voir avec la valeur musicale des candidats, mais bien plus avec leur « appartenance » communautaire et stylistique. Pour preuve, la polémique concerne aussi Magic Malik (pas très « institutionnel » comme patronyme, non ?). Pourtant nous sommes nombreux à penser que cet immense artiste représente l’un des exemples les plus contemporains de la musique de notre pays, sans distinction de styles et de genres, du Jazz actuel au expérimentation informatique qu’il produit avec Gilbert Nono, par ailleurs co-lauréat de la Villa Médicis (à la vue de ce nom, connu dans le milieu savant, certains signataires de la « pétition » ont commencé à regretter leur geste, démontrant ainsi au passage leur totale ignorance du monde musical en général). Rien dans les statuts de la Villa Médicis ne précise qu’elle est strictement réservée aux musiques dites « savantes », et c’est bien la moindre des choses, nous avons besoin aussi, oserais-je dire comme tout le monde, de résidence de ce type. J’en sais quelque chose, candidat malheureux de la VM Rome, et candidat heureux de la VM hors les murs. Si je prends le temps, cher lecteur, de montrer mon irritation (euphémisme) face à cette polémique, c’est qu’elle montre, enfin, au grand jour, une fracture esthétique que l’on a toujours voulu cacher : l’oralité contre l’écrit. Une fracture que l’on sentait poindre déjà dans les propos peu amènes d’un Pierre Boulez sur l’improvisation musicale.
C’est donc un monde savant qui montre son désarroi, sa peur panique de l’avenir, des lendemains incertains et des mondes musicaux différents. Mais sont-ils si différents que cela ? N’avons nous pas tous peur pour notre avenir ?N’avons nous pas, chers amis « savants », besoin l’un de l’autre ? Ne nourrissons nous pas les mêmes aspirations d’élévations et de progrès ? Certes nous n’avons pas forcément les mêmes lieux pour diffuser notre savoir, ni exactement les mêmes objectifs, mais n’avons nous pas, dans nos histoires respectives, démontrés depuis longtemps l’influence réciproque de nos travaux ? Alors, que veut dire exactement vos cris d’effrois et de détresses face à « notre » présence dans une institution qui ne vous est pas réservée ? Ils démontrent simplement, chers amis « savants » que vous vous êtes largement enfermé dans votre tour d’ivoire, sans même vous en rendre compte. Je n’ai strictement aucune idée quant aux avantages ou inconvénients que « nous » pourrons tirer de votre situation, chers amis « savants », mais je constate, pour une fois, l’intelligence d’une voix presque unie qui, musiciens improvisateurs, jazzmen, musicologues, musiciens contemporains (Pascal Dusapin ou Pierre Sauvageot dans des registres différents), tous amateurs et/ou acteurs des musiques contemporaines au même titre que tout autre, qui ont relevé vos arguments pour les contester, et produit une contre pétition à l’initiative de Benjamin Renaud (http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283), d’une bien meilleure tenue intellectuelle. Pour une fois, le monde de l’oralité aura eu l’occasion d’en « montrer » au monde de l’écrit. C’est, je pense, un événement.
Chers lecteurs, cet été, nous aurons donc l’occasion, les musiciens de la compagnie, Marion et moi-même, de jouer avec toutes sortes d’artistes et musiciens venus d’horizons très divers (pour plus de détails, voir l’agenda) dans une vaste entreprise d’acculturation de masse et de destruction du patrimoine intellectuel français, qui, évidemment, nous ouvrira les portes de la consécration, du show-business, de l’argent facile et des théâtres nationaux, pendant que nos pauvres musiciens “savants” continueront de souffrir de la misère et du mépris qui caractérise leur histoire.... Nous le ferons en tout cas pour votre plus grand plaisir et aussi pour le notre !



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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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