Raphaël Imbert

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Lettre pour tes 18 ans



le 7 avril 2020 



7 avril 2020

 

Mon Fils,

Aujourd’hui, tu as 18 ans. Tu es, enfin, en âge de voter, de vivre ce que tu veux. Tu peux boire, fumer, aimer, agir, jouir à ta guise, sans l’entrave de ta tutelle, selon tes choix.

Tu as 18 ans aujourd’hui, avec cette liberté de vivre comme bon te semble, au moment où, pourtant, cette liberté n’existe plus, "jusqu’à nouvel ordre" selon la formule. Elle est contrainte par des prescriptions sanitaires exceptionnelles. On te dit de faire attention à l’âge précis où rien n’est moins urgent que de faire attention, ou rien n’est moins important que d’être sage. Être vigilant à 18 ans, c’est le paradoxe de trop.

Pourtant, d’après ce que je vois, tu le vis bien, ce paradoxe. Certes, je le vois de loin. Je ne suis pas avec toi pour ce jour solennel. Confinement et situation de famille font que nous ne pouvons fêter cela ensemble, et ce n’est que partie remise. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, tu le sais. Je le vois quand même bien que tu vis tout cela à ta manière. Est-ce la famille, ton amie, les copains, les collègues qui, même physiquement absents, te soutiennent dans l’adversité ? Est-ce la musique que tu pratiques intensément qui te donne le monde intérieur nécessaire pour affronter la situation ? J’en serai ravi, pour toi comme pour nous tous. En manque de partage et d’échange au moment où nous devrions fêter ta majorité en grande pompe, nous nous rappelons en quoi nos tribulations artistiques, nos futiles et grandioses bacchanales sonores ont tout de même une importance. Les héros d’aujourd’hui, de toujours, qui soignent, qui oeuvrent, qui travaillent, auront besoin, demain comme maintenant, des poètes et artistes pour raconter leurs faits, ou simplement décharger leurs coeurs. Notre monde a besoin de toi, en somme.

Le monde a besoin de toi, comme de ta soeur, ton frère, tes camarades, ta génération, à qui enfin on ne pourra plus dire qu’elle est perdue, désorientée, désoeuvrée. Plus jamais de "il leur faudrait une bonne guerre", plus jamais de "les jeunes de maintenant, ils ne savent pas ce qu’ils veulent !", plus jamais de "ils sont trop gâtés !". Fort heureusement, tu n’as pas vécu la guerre, n’en déplaise aux détournements sémantiques à la mode. Mais, entre le terrorisme, la crise climatique, la pandémie, tu auras connu l’altérité de ta génération, la fragilité d’une époque, l’incertitude d’un avenir imprévisible. Et cette pandémie, l’année de ton bac ! Une année de grève et de confinement, qui fait d’ailleurs que, de chez toi, tu n’auras jamais autant travaillé !

En fait, tu es déjà un homme, mon fils. Kipling ne l’avait pas prévu, celle-là ! Tu n’as pas grandi trop vite, tu n’as pas perdu l’innocence, non. Simplement, tu passes à la majorité lors d’une crise inédite qui n’est pas destructrice au point d’enlever l’âme de ton âge. Tu es, de fait, responsable, et je suis désolé, à l’instant, que tu puisses avoir l’impression de l’être pour nous tous.

Le monde a besoin de toi et j’ai hâte de te suivre pour les années qui viennent. Joyeux anniversaire, mon grand, je t’aime et je suis fier de toi !

Papa



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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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